LA VIE DES ABEILLES : Partie 1 - la vie dans la ruche

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L'abeille, insecte social


La fourmi est un insecte social, comme l'abeille, mais à l'inverse de celle-ci la fourmi se voit attribuer dès sa naissance une fonction précise, bien définie, qu’elle exécutera toute sa vie à l'exclusion de tout autre. L'abeille, au contraire, assume successivement pendant son existence, environ 45 jours, toutes les tâches qui sont utiles au bon fonctionnement de la colonie à laquelle elle appartient. L'activité de l'abeille change sans arrêt. Au fur et à mesure que les jours passent, des transformations physiologiques nécessaires s'opèrent en elle. Son organisme se modifie de façon à s'adapter à l'activité spécifique qu'elle doit entreprendre à tel et tel moment de son existence. En vieillissant, les glandes de l'abeille se développent puis dégénèrent successivement. Rien n'étant laissé au hasard au sein de cette merveilleuse horloge anatomique sensible à une chronobiologie subtile, le comportement de l'abeille étant soumis à un rituel commandé par ses sécrétions internes. 


Dans la ruche, le travail est donc réparti en fonction de l'âge des abeilles. Il y a deux périodes. Pendant les trois premières semaines de sa vie, l'abeille reste confinée à la ruche où elle accomplit successivement plusieurs tâches. A partir du 22è jour elle quitte la ruche pour butiner et ramener les éléments dont la colonie a besoin : nectar, pollen, propolis.

Nous allons donc respecter strictement la chronologie de ces différentes activités. Suivons une abeille, de sa naissance à sa mort.

 

Le nettoyage de la ruche par l’abeille venant de naître


Dès sa naissance, et pendant les deux premiers jours de sa vie, l'abeille remplit une seule fonction : faire le ménage dans la ruche. A peine née, l'abeille s'emploie tout d’abord à nettoyer soigneusement sa propre cellule. Elle la débarrasse de tous les éléments indésirables : morceaux d'opercules de cire, peaux nymphales, restes du cocon, excrétions larvaires. Ce travail est essentiel, car la reine ne pond que dans des cellules parfaitement propres.


Cette tâche étant terminée, la jeune abeille quitte le couvain pour gagner l’ensemble de la ruche où le travail de nettoyage ne manque pas ! Il faut dire que les abeilles sont très propres. Le bon état sanitaire de la ruche est maintenu en permanence, sinon les maladies se propageraient dans ce lieu confiné, chaud et humide, où vivent environ 60 000 abeilles, parfois plus.


L'abeille est tout à la fois nettoyeuse, balayeuse et fossoyeuse, s'appliquant pendant deux jours à éliminer tous les déchets qui encombrent la ruche. Le problème le plus délicat est celui des cadavres d'animaux. Les abeilles mortes sont expulsées dans les minutes qui suivent par le trou de vol, les fossoyeuses étant attirées par une odeur libérée au moment de la mort. Pour les petits prédateurs (papillons, araignées), les choses se passent en deux temps : les abeilles chargées de la défense de la colonie les tuent en les piquant, puis les fossoyeuses les expulsent de la même manière.


Deux jours sont passés depuis la naissance de notre abeille. Elle en a terminé avec ses tâches ménagères. Elle devient nourrice.


L’abeille devient nourrice


Après avoir nettoyé la ruche pendant les deux jours suivant sa naissance, dès le début du 3e jour et jusqu'au 10e (très précisément) l'abeille devient nourrice, s’occupant successivement du couvain puis de la reine.

  • Le nourrissage du couvain


L’abeille nourrice se charge donc dans un premier temps d’alimenter les larves du couvain. Ses glandes hypo-pharyngiennes se développent alors de façon considérable. Celles-ci sécrètent de la gelée royale qui permet aux jeunes larves de se développer lors des trois premiers jours de leur développement.
C'est un véritable rituel, la nourrice inspectant plusieurs fois par jour la cellule dont elle s'occupe, observant la quantité de gelée royale (restant au fond de la cellule) que la larve n'a pas encore ingérée, attentive à ce que celle-ci n'en manque pas pendant 3 jours.

Pendant la seconde partie du développement larvaire, le nourrissage se fait avec miel et pollen. La nourrice se tourne alors vers sa reine.

  • Le nourrissage de la reine


Il y a en permanence une dizaine de nourrices qui forment un cercle autour de la reine.
Les nourrices se relaient toutes les minutes. Elles examinent la reine avec leurs antennes afin de bien l'identifier. Puis elles la lèchent et s'imprègnent des phéromones royales qui les confortent dans leur fonction de nourrissage. Les nourrices sécrètent la gelée royale directement dans la bouche de leur reine (phénomène de trophallaxie).

 

Le 10e jour de son existence, notre abeille voit ses glandes hypo-pharyngiennes s'atrophier brutalement. 
La source de gelée royale est tarie. La fonction de nourrice également. D'autres glandes se développent alors, les glandes cirières.


L’abeille maçonne et architecte


À partir du 11e jour et jusqu'au 16e, les glandes cirières de l’abeille fonctionnent à plein, et elle va remplir une double fonction : maçonne et architecte.


Il est vrai que les constructions géométriques de la ruche obéissent à des lois géométriques parfaites.
La cire sert à deux usages bien distincts :

 

 - L'operculation des cellules du couvain ou du magasin à nourriture (miel et pollen). Fermer une cellule est un travail considérable qui peut durer jusqu'à 6 heures.

 

 - La construction des rayons, qui est une authentique merveille d'architecture. Un rayon est constitué de deux rangées de cellules hexagonales placées dos à dos, en séries parallèles, chaque rayon étant à une distance précise du voisin.


La forme hexagonale est commune à tous les insectes sociaux pour la construction de leur nid, et il y a une raison à cela : si les cellules étaient rondes, octogonales, ou encore pentagonales, il y aurait des espaces vides entre les cellules.
Le plus grand nombre de cellules qu'on peut construire sur une surface donnée suppose donc la forme hexagonale. Les cellules ont un diamètre moyen de 5,3 mm et il en tient 870 dans 1 dm2.

 

Avec un kilo de cire les abeilles peuvent construire 77 000 cellules !

 

Mais revenons à notre abeille. Elle est maintenant née depuis 16 jours, et ses glandes cirières vont s'atrophier, comme s'atrophièrent ses glandes hypo-pharyngiennes au 10e jour de son existence.

 

A partir du 17e jour, sa production de cire étant tarie, elle va s'atteler à d'autres tâches jusqu'au 21e jour, veille de son premier vol de butinage.

 

abeilles dans la ruche

L’abeille ventileuse et gardienne

Après avoir successivement nettoyé la ruche, nourri les larves du couvain et la reine, operculé les cellules et construit les rayons, pendant 5 jours l'abeille va se consacrer exclusivement à deux missions :

 

  • La ventilation de la ruche

 

Les ouvrières ventileuses ont une grande responsabilité : elles doivent maintenir une certaine régulation thermique à l'intérieur de la ruche où la température, en été, doit être voisine de 35°, malgré les amplitudes diurnes et nocturnes. La ventilation de la ruche sert à favoriser la maturation du miel en éliminant une partie de l'eau contenue dans le nectar ainsi qu'à éviter la fermentation du pollen.

 

De plus, surtout l'été par forte chaleur, il faut absolument rafraîchir les dizaines de milliers  d'abeilles qui cohabitent dans le volume restreint de la ruche. On voit souvent, ainsi, certains après-midi d'été en période de canicule (qui correspondent souvent avec les plus fructueuses miellées, le butinage étant intense) des centaines d'abeilles sortir par le trou de vol et aérer la ruche en se tenant devant l'entrée en battant des ailes.

 

Ce bourdonnement qu'on peut entendre à distance réjouit l'oreille des apiculteurs car il indique une forte activité de la ruche.

 

  •  La défense de la ruche

 

Dans les 5 derniers jours où elle reste à la ruche, notre abeille est chargée de la ventiler mais aussi de la défendre. Elle se tient alors près du trou de vol, campée sur ses pattes de derrière, les antennes dirigées vers l'avant et les pattes antérieures relevées.

La mission est double :

 

- Surveiller que les abeilles pénétrant dans la ruche sont bien celles de la colonie et non pas des étrangères venant piller le miel ou le pollen. Cette reconnaissance se fait à l'odeur, et seules peuvent entrer les abeilles qui habitent bien la ruche.

 

- Dissuader les prédateurs d'entrer, et au besoin les attaquer et les tuer en les piquant.

 

Le 22e jour est arrivé. C'est le jour J, l'heure H : notre abeille, enfin, trois semaines après sa naissance, va quitter la ruche pour butiner. Elle est alors exactement à la moitié de sa vie qui dure 1 mois et demi.